La Guerre et l'Occupation 39-45

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Après l'Anschluss en 1938, Hitler s'emparait des Sudètes.
La même année Daladier, Chamberlain et Mussolini signèrent avec ce dernier les accords de Munich.
Ce qui n'empêcha pas Hitler d'occuper la Thécoslovaquie en mars 1939 et d'envahir la Pologne en septembre de la même année.
La France déclara la guerre à l'Allemagne et le dimanche 3 septembre 1939, Pierre Cantet, le maire d'Allonne, comme tous les maires de France, affichait dans sa commune un Ordre de Mobilisation Générale.
Au grand désespoir de mes grands-parents, leur fils, mon oncle, André Largeau, qui avait été mobilisé avec plusieurs autres jeunes hommes d'Allonne, fut fait prisonnier et le samedi 30 novembre 1940 envoyé dans un Stalag en Allemagne proche de la frontière Thécoloslovaque où il y resta pendant toutes ces années de guerre.
Cette "drôle de guerre" suivie de l'occupation et de la résistance à l'ennemi fit des millions de morts et de nombreux prisonniers, la commune d'Allonne quant à elle déplora 10 morts dont 8 au combat et 2 déportés.
L'armée allemande stationna à trois reprises à Allonne ; la seconde fois ce furent les SS. Les habitants se firent une raison et acceptèrent comme une fatalité les privations et les réquisitions.
Ces extraits de lettres envoyées au maire d'Allonne (et à tous le maires du département des Deux-Sèvres) par la Préfecture, nous permettent de mieux comprendre la vie d'une commune pendant cette période. On remarquera dans ces courriers beaucoup de sous-entendus qui font froid dans le dos.
Pierre Cantet demanda et obtint une dispense de réquisition en ce qui concernait l'Abbaye d'Allonne.
Le samedi 22 juin 1940 l'armistice sera signé dans le même wagon qui avait servi pour la reddition de l'Allemagne en 1918.
Le vendredi 6 décembre 1940 un avis fut envoyé au maire disant que :"'il était autorisé l'envoi de colis postaux pour les prisonniers de guerre d'un poids maximum de 5 kgs, cela tous les 2 mois. Pouvait être expédié : du linge et des denrées alimentaires ainsi que des cigarettes. Le courrier, lui, était formellement interdit. Sur le colis une inscription obligatoire : "ARBEITERPAKET AUS DEM BESRISTEN FRANZOSISCHEN GEBIR" (paquet pour un prisonnier français de zone occupée française)".
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Nom des réfugiés à Allonne :
Belges : Delcampe Henri et Anna, Moors Hubert, Bullen Gérard et Jean, Aents Louis-Albert, Mulvermans Mélanie, Degrieck Georges et Emma, Deboë Joseph.
Italiens : Roseninni Martha.
Espagnols : Ruez Juan-Manuel, Garcia Anna.
Slovaques : Duray Elias, Joséphine et Catherina.
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Le samedi 18 janvier 1941 la Feldkommandantur signale que:" devront être présentés les chevaux en provenance de la commune d'Allonne le 23 janvier place du Drapeau à Parthenay. Ceux qui ne déféreront pas à ces prescriptions seront punis par les lois militaires allemandes".
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C'est le lundi 20 janvier 1941 que le maire reçut cette lettre de la Préfecture :
"Le Comité Départemental du Secours National organise le 26 janvier la vente du portrait du Maréchal Pétain au profit de ses oeuvres. Je viens vous demander de seconder de toute votre autorité cette manifestation à laquelle les populations des Deux-Sèvres voudrait assurer un secours semblable à celui déjà obtenu dans de nombreuses régions. Elle s'associent au grand élan de solidarité nationale qui anime tous les français et elles donneront une fois de plus le témoignage de leur sympathie agissante à ceux qui ont le plus souffert. Elles viendront en même temps à donner une preuve de leur attachement et de leur admiration au Chef qui a droit à la reconnaissance unanime de la Patrie et dont l'image doit orner chaque foyer. Je compte sur votre dévouement et vous remercie de votre collaboration".
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Un compte-rendu de délibération du conseil municipal en date du mercredi 22 janvier 1941 dit ceci : "Mr le maire expose l'opportunité qu'il y aurait à établir un marché le lundi de chaque semaine. Il fait ressortir les divers avantages de cette création au point de vue commercial et agricole car Allonne est insuffisamment desservie par les foires et les marchés".
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Le vendredi 24 janvier 1941 les autorités d'occupation signalent que :"un certain nombre d'anglaises ayant épousé des français se trouvent dans le département. Prière de signaler sans délai si elles ont conservé leur nationalité avec indication de leur état-civil actuel".
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Le samedi 22 février 1941 un avis sur l'entretien des tombes dit ceci : "J'ai l'honneur de vous faire connaître que les croix de David figurant sur les tombes sont interdites".
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Le même jour le maire reçoit une lettre pour l'emploi de soldats allemands dans la culture : "Leur logement et nourriture seront à la charge des cultivateurs. Faites-moi connaître d'ici le 1° mars le nombre de soldats dont vous avez besoin".
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Le mardi 11 mars 1941 la Feldkommandantur estime que:" les affiches de propagande abîmées par les intempéries seront enlevées. Si l'affiche "Population abandonnée faites confiance au soldat allemand" est encore en bon état prière de la laisser en place".
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Le samedi 29 mars 1941 un message du maréchal Pétain est placardée à la mairie : "Paysans, mes amis, le ravitaillement en pain est menacé.... tous les blés devront être livrés avant le 21 avril. Vous aurez à coeur d'obtempérer car il s'agit là d'une mesure de salut public. et vous ne pouvez priver de pain de nombreux Français. Je connais vos difficultés ; certes vous êtes à plaindre mais vous n'êtes pas les seuls. Je suis mieux placé pour attester de l'urgence de nos besoins. Aidez-moi à assurer aux Français leur pain quotidien".
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Le vendredi 25 avril 1941 un avis de la Préfecture dit ceci : "Il convient de faire cesser les inscriptions murales de propagande anti-nationales (ex. Croix de Lorraine). Si cela continuait je prescrirais une enquête pour identifier les personnes qui participeraient à cette propagande".
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Le samedi 3 mai 1941 le Préfet s'adressait au maire en disant ceci : "Le Maréchal qui avait fait un discours sur l'Unité française dont le sens avait été mal compris condamnait la dissidence et l'agitation gaulliste qu'il avait voulu viser. Lorsque les jeunes français se livrent en zone occupée à une action clandestine contre les autorités allemandes et s'embarquent à destination des ports anglais, ils font preuve d'énergie mais on les trompe. Quant aux intellectuels ils portent la responsabilité de cette propagande. Le Maréchal a multiplié les appels à la clémence pour ces jeunes envers les autorités d'occupation. Aussi le gouvernement a-t-il pris des mesures sévères pour mettre un terme à l'immigration de ces français et interdire le passage à la frontière. Le Maréchal défend les français contre eux-mêmes en les détournant d'entreprises où le sang risquerait de couler...".
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Le samedi 10 mai 1941 la Feldkommandantur demande que :"au cas ou seraient constaté des atterrissages, parachutages ou autres faits étranges particulièrement les sabotages, qu'il en soit fait la déclaration sans tarder en téléphonant à la Kommandantur. Les nouvelles seront récompensées".
Paul Rolland d'Allonne était entré au maquis, il fut arrêté par les allemands et déporté.
Une colonne allemande fut prise à partie par les maquisards et par mesure de représailles le bourg d'Allonne fut encerclé par les soldats allemands pendant plusieurs heures. Alphonse Largeau, mon grand-père, fut interrogé longuement et d'une manière assez brutale par les Allemands pour savoir s'il connaissait des maquisards puis un ordre de repli étant arrivé, ils quittèrent la commune. Quelques années plus tard le sort des personnes d'Oradour-sur-glane en juin 1944, fut connu et les habitants d'Allonne ne purent s'empêcher de penser qu'un sort identique aurait pu leur arriver.
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Le samedi 17 mai 1941. Déclaration de détention de presse à imprimer à la mairie ou au commissariat de police.
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Le mardi 24 juin 1941 Envoi de la Préfecture disant ceci : " Il vient de se créer une édition spéciale de l'effigie du maréchal Pétain gravée au burin, destinée à être vendue au profit de la Famille du Prisonnier de Guerre. J'attire votre attention sur l'intérêt qu'aurait cette effigie dans votre mairie".
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Le vendredi 27 juin 1941 un avis est publié sur le passage de la ligne de démarcation : "Le maire devra délivrer un certificat comportant motif, but et durée du voyage également nom, prénom, lieu de naissance, domicile et numéro de carte d'identité, mode de locomotion, temps et endroit de passage de la ligne. L'intéressé devra se rendre à Angers pour recevoir son laissez-passer pour pouvoir le présenter au point de passage de la ligne de démarcation".
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Le samedi 26 juillet 1941 Chaque personne devait établir en deux exemplaires une déclaration de renonciation définitive ou de non-appartenance aux sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie.
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Le samedi 2 août 1941 il fut demandé qu'aucune lueur ne soit visible de l'extérieur quand viendrait la nuit. Des sanctions seraient prises contre les délinquants.
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Le mardi 4 novembre 1941: " A l'occasion du 11 novembre aucune manifestation ne sera autorisée. Sont interdits toutes démonstrations ou dépôts de gerbes aux monuments aux morts. Le moindre incident sera sanctionné".
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Le mardi 2 décembre 1941 le préfet envoie aux maires du département ceci : "les forces militaires allemandes interdisent le barbouillage d'inscriptions politiques notamment gaullistes sur les écriteaux allemands. Je vous prie d'exercer une surveillance à ce sujet".
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Le dimanche 14 décembre 1941 après la messe le garde-champêtre lança un avis à la population : "Tous les militaires ayant rejoint leur foyer en juin et juillet 1940 sans avoir été faits prisonniers devront être présents à la Gendarmerie de Secondigny avant le 15 décembre au soir. Ceux des militaires qui par négligence ne se présenteraient pas au jour indiqué engageront pleinement leur responsabilité. Qu'on se le dise".
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Le vendredi 20 mars 1942 contrôle des cartes d'alimentation à partir de 14 heures à la mairie.
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Le mardi 24 mars 1942 le maire reçoit un bon de commande pour être abonné au journal "Pariser Zeitung" et une lettre du rédacteur en chef lui disant que " c'est avec la conviction d'agir pour votre intérêt que nous vous proposons l'abonnement à notre journal ; les devoirs de votre charge et l'autorité dont vous êtes investi fait que vous devez être informé des relations franco-allemandes...".
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Une affiche est apposée à la mairie disant que : "avant le mercredi 1° avril 1942 il est demandé de venir déposer toutes les armes possédées par les habitants et qu'un récépissé sera délivré sur demande".
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Le samedi 4 avril 1942 la Préfecture écrit ceci : "le bruit court dans nos campagnes que tout le blé serait destiné aux troupes d'occupation. C'est FAUX! Nous nous sommes engagés à effectuer des prestations à l'aide des stocks disponibles. Rassemblons ce qui nous reste car chaque quintal de blé non livré prive douze français de pain pendant un mois".
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Le jeudi 11 novembre 1943 le commandant des Armées Allemandes en France fit connaître les mesures qu'il avait prises pour éviter la réquisition de bicyclettes.
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Le samedi 20 novembre 1944 :"ordre est fait à tous les réfugiés originaires du nord et de l'est de la France à rester sur place en raison des difficultés de transport et de ravitaillement".
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Et puis vint la Libération et les maires reçurent des instructions pour le fameux "Jour J" :
- Destruction des affiches allemandes et vichysoises.
- Mise sous séquestre des locaux de la propagande de Vichy et mise sous scellés de leurs archives.
- Fabrication de bandes tricolores à Croix de Lorraine portant les mots "Vive la France", "Vive la République", "Vive de Gaulle".
- Diffusion par micro des premiers messages des nouvelles autorités.
- Rassemblement des disques : "La Marseillaise", "God save the King" et des hymnes des pays alliés.
Ceci sera fait sous la responsabilité des municipalités et avec le concours du peuple.
Dresser la liste des membres de la milice et des collaborateurs notoires.
Si le conseil municipal n'a pas été touché par Vichy il restera en place.
Eviter tout le gaspillage du ravitaillement.
Insurrection et discipline sont inséparables du "Jour J" aussi toute personne sera tenue d'obéir au représentant porteur du brassard tricolore à croix de Lorraine portant un numéro matricule.
Signé Chaumet Chef des FFI
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Peu de temps après une circulaire envoyée aux maires indiqua qu'il fallait faire appel à la prudence mais que chaque municipalité pourrait célébrer la Libération à la date qu'elle choisirait avec le concours des éléments FFI de sa région. Il fallait qu'elle en avise la Préfecture et qu'elle fasse apposer des affiches en des endroits non exposés au passage des troupes allemandes.
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Au mois de mai 1944 Pétain fut mis aux arrêts. Plus tard condamné à mort, il fut peu de temps après, gracié.
La France fut libérée au mois d'août 1944.
André Largeau, mon oncle, rentra de captivité le jeudi 10 mai 1945.